UV à travers les vitres : voiture, bureau, véranda, ce qui passe vraiment
Un bureau collé à une baie vitrée orientée sud-ouest, à Toulon, en plein mois de mai. De 14 h à 18 h, le soleil tombe en biais sur le clavier, la main droite, l’avant-bras, un côté du visage. On n’a pas chaud à la peau, rien ne rougit, et le soir personne ne pense avoir « pris le soleil ». Pourtant, cette peau a reçu une dose d’ultraviolets bien réelle, simplement d’une autre nature que celle d’un après-midi sur la plage.

Le verre n’est ni un écran total ni une passoire. C’est un filtre sélectif, qui fait très bien une partie du travail et laisse filer l’autre. Savoir laquelle permet de décider s’il faut une crème pour conduire deux heures ou lire sous une véranda.
Les réponses dépendent de trois choses : le type de verre, la durée passée derrière, et votre peau. La base, elle, ne change pas : une protection solaire se choisit en fonction de ce qu’on veut filtrer, comme l’explique notre article sur l’indice SPF et ce qu’il mesure. Derrière une vitre, le problème n’est plus vraiment le SPF.
Ce que le verre arrête, et ce qu’il laisse filer
Le rayonnement ultraviolet qui atteint le sol se compose de deux familles. Les UVB, plus courts et plus énergiques, font rougir et déclenchent le bronzage durable. Les UVA, plus longs, pénètrent plus profondément dans le derme et participent au vieillissement cutané, aux taches et, à long terme, au risque de cancer de la peau. La distinction complète, avec leurs effets respectifs, est détaillée dans notre dossier sur les UVA et les UVB ; ici, on s’intéresse seulement à leur comportement face au verre.
Le verre ordinaire, celui des fenêtres simples et de la plupart des vitres latérales de voiture, absorbe les longueurs d’onde les plus courtes. Il arrête pratiquement tous les UVB. C’est pour cette raison qu’il est très difficile d’attraper un coup de soleil derrière une fenêtre, même en y passant la journée. En revanche, sa transparence augmente à mesure que l’on remonte vers les UVA longs, entre 340 et 400 nanomètres. Selon l’épaisseur et la composition, un vitrage courant laisse passer une part des UVA qui va de l’ordre de la moitié à bien davantage.
Tous les verres ne se valent pas pour autant. Le verre feuilleté, fait de deux feuilles collées sur un film plastique intercalaire, filtre la quasi-totalité des UV jusqu’aux UVA longs, parce que ce film les absorbe. Les verres teintés, ceux qui portent certains traitements à faible émissivité (les vitrages « isolants renforcés » des constructions récentes) et les doubles vitrages en général filtrent mieux qu’une simple vitre claire, mais avec des écarts importants d’un produit à l’autre. À l’œil, rien ne permet de faire la différence : une vitre parfaitement limpide peut bloquer presque tous les UV, une autre teintée en laisser passer beaucoup.
En voiture : pare-brise, vitres latérales et côté conducteur
La voiture est l’exemple le plus parlant, parce qu’elle réunit deux types de verre. Le pare-brise est obligatoirement feuilleté, pour des raisons de sécurité : en cas de choc, il se fissure sans se disperser. Ce choix technique a un effet secondaire heureux, puisqu’il arrête l’essentiel des UVA en plus des UVB. Face à la route, le visage est donc bien protégé.
Les vitres latérales, elles, sont le plus souvent en verre trempé, qui éclate en petits morceaux arrondis. Ce verre-là filtre les UVB mais laisse passer une fraction notable des UVA, très variable selon les modèles. Certaines voitures récentes, surtout dans le haut de gamme, montent des vitres latérales feuilletées ou traitées, d’autres non ; les vitres arrière surteintées d’usine filtrent souvent davantage.
L’asymétrie du conducteur
En France, on conduit à gauche de l’habitacle, et c’est donc la joue gauche, la tempe, le cou et l’avant-bras gauche qui reçoivent le soleil latéral pendant des années de trajets. Les dermatologues le constatent régulièrement chez les grands rouleurs, commerciaux, chauffeurs, taxis, ambulanciers : un côté du visage plus marqué, avec davantage de taches, de rides fines et une peau plus épaissie. Au Royaume-Uni ou en Australie, où l’on conduit à droite de l’habitacle, l’asymétrie s’inverse. Elle ne se construit pas en un été, mais par accumulation, une heure de trajet quotidien pendant quinze ans représentant un volume d’exposition considérable.
Pour qui passe beaucoup de temps au volant, les gestes utiles sont simples : une crème sur le visage, le cou et le dos de la main gauche les jours de longs trajets ensoleillés, des manches longues légères en été, et des lunettes de soleil, puisque les yeux eux aussi reçoivent ces UVA par la vitre latérale. Notre article sur la protection des yeux et des lèvres détaille comment choisir des verres qui filtrent vraiment.
Au bureau, à la maison, dans le train : la distance change tout
Travailler près d’une fenêtre n’a rien de dangereux en soi. Ce qui compte, c’est de savoir si le soleil tombe directement sur la peau, et pendant combien de temps. Le rayonnement direct qui traverse une vitre claire garde une bonne part de ses UVA ; à deux ou trois mètres de la fenêtre, hors de la tache de soleil, la dose reçue chute nettement, parce qu’il ne reste que la lumière diffuse. Un store, un voilage épais, un rideau tiré dans l’après-midi réduisent encore l’exposition.
L’orientation joue beaucoup. Une fenêtre plein nord ne reçoit presque jamais de soleil direct. Une fenêtre sud en hiver laisse entrer un soleil bas qui pénètre profondément dans la pièce, jusqu’au bureau situé loin de la vitre. Une fenêtre ouest, en fin d’après-midi d’été, envoie une lumière rasante très riche en UVA, justement au moment où l’on se croit à l’abri parce que l’indice UV affiché par Météo-France est retombé. Cet indice mesure avant tout le pouvoir de faire rougir, donc les UVB ; notre guide pour lire l’indice UV explique pourquoi il sous-estime l’exposition aux UVA.
Le train pose une question voisine. Les vitres des trains récents sont souvent feuilletées ou teintées, ce qui améliore la filtration ; sur des matériels plus anciens, le résultat est plus variable. Trois heures côté soleil, la joue contre la vitre, restent une exposition modeste mais réelle.
Repère. Derrière une vitre ordinaire : les UVB sont presque totalement arrêtés, donc ni coup de soleil ni production de vitamine D. Une part importante des UVA traverse, surtout au soleil direct. La lumière visible passe entièrement. Plus vous êtes loin de la fenêtre et hors de la tache de soleil, plus la dose diminue.
Véranda et verrière : la pièce la plus exposée de la maison
La véranda cumule tous les facteurs : du verre sur trois côtés, souvent un toit transparent, et une utilisation aux beaux jours, aux heures où le soleil est haut. Prendre son café sous une verrière en juillet, c’est se placer dans un bain de lumière qui vient de partout.
La nature du toit fait une vraie différence. Les toitures en polycarbonate, fréquentes sur les vérandas plus anciennes ou économiques, filtrent en général une large part des UV, parce que ce plastique les absorbe (c’est aussi pour cela qu’il jaunit avec le temps quand il n’est pas traité). Les toitures en verre, elles, dépendent du vitrage choisi : un double vitrage feuilleté ou à contrôle solaire filtre beaucoup, un simple verre trempé nettement moins. Pour une véranda récente, le devis ou la fiche du fabricant mentionne souvent le facteur solaire et, parfois, la transmission des UV.
Les coussins qui pâlissent en une saison montrent ce que font les UVA à long terme ; sur la peau, cela s’appelle photovieillissement. Une heure de lecture à l’ombre du store ne pose aucun problème. Une sieste quotidienne tout l’été au soleil direct sous une verrière claire, si.
Films anti-UV et vitrages filtrants : ce qu’ils valent
Pour la maison comme pour la voiture, il existe des films adhésifs anti-UV, transparents ou teintés, qui se posent à l’intérieur de la vitre. Les produits sérieux annoncent une filtration de l’ordre de 99 % des UV jusqu’à 380 nm, parfois 400 nm. Cette précision de longueur d’onde est ce qui compte : un film qui s’arrête à 380 nm laisse passer la toute fin du spectre UVA, un film qui couvre jusqu’à 400 nm la bloque aussi. Sans cette mention, l’allégation « anti-UV » ne dit pas grand-chose.
En voiture, la réglementation encadre les vitres avant. Depuis 2017, les vitres latérales avant doivent laisser passer au moins 70 % de la lumière visible, et le pare-brise est lui aussi encadré ; les films surteintés y sont donc interdits. Les films anti-UV clairs, quasiment invisibles, respectent cette règle et sont une vraie option pour les vitres latérales avant, justement celles qui exposent le conducteur.
À la maison, le film convient à un bureau très exposé ou à une véranda en verre simple, et il protège aussi les tissus. Lors d’un changement de fenêtres, demander un vitrage feuilleté ou à contrôle solaire règle la question pour des décennies.
Bronze-t-on derrière une vitre ?
Très peu, et pas de la façon dont on l’espère. Le bronzage durable, celui qui apparaît en 48 à 72 heures et tient plusieurs semaines, repose surtout sur les UVB, qui stimulent la fabrication de mélanine neuve. Or le verre les arrête. Ce qui passe, ce sont les UVA, capables de provoquer une pigmentation immédiate : la mélanine déjà présente dans la peau s’oxyde et fonce légèrement, avec une teinte plutôt grisâtre ou beige. Elle s’estompe en quelques heures ou quelques jours et ne protège presque pas la peau des expositions suivantes.
Autrement dit, s’installer derrière une baie vitrée pour « prendre des couleurs sans risque » est une fausse bonne idée. On évite le coup de soleil, c’est vrai, mais on reçoit exactement la part du rayonnement qui fait vieillir la peau, sans le signal d’alerte qu’est la rougeur. Pour un hâle de fond sans UV, l’autobronzant reste plus efficace et plus sûr qu’une vitre.
Même logique pour la vitamine D, dont la synthèse dépend des UVB : derrière une fenêtre fermée, elle est quasi nulle.
Faut-il une crème solaire à l’intérieur ?
Pour la majorité des gens, la réponse est non dans la plupart des situations. Une journée de bureau loin des fenêtres, un appartement où le soleil entre peu, quelques minutes près d’une vitre : aucune raison d’appliquer un produit solaire. La question devient légitime dès que plusieurs facteurs se combinent.
- La durée et le soleil direct : plusieurs heures par jour dans la tache de soleil, un long trajet en voiture par temps clair, un poste de travail contre une baie vitrée exposée.
- Le phototype : les peaux claires, de phototype I ou II, qui marquent vite et vieillissent tôt, ont plus à y gagner.
- Un traitement photosensibilisant : certains antibiotiques (les cyclines notamment), des anti-inflammatoires, des diurétiques, l’isotrétinoïne, certains antiarythmiques. Plusieurs de ces médicaments réagissent aux UVA, et une réaction peut survenir derrière une vitre. La notice le mentionne, et le pharmacien peut le confirmer.
- Le mélasma et les taches pigmentaires, qui réagissent aux UVA et à la lumière visible, donc aussi derrière le verre.
- Une photodermatose connue : notre article sur la lucite estivale rappelle qu’elle peut se déclencher derrière une vitre, précisément parce qu’elle dépend des UVA.
Dans ces cas-là, ce qui compte n’est pas un SPF très élevé mais une bonne protection UVA : cherchez le logo « UVA » entouré d’un cercle sur l’emballage, qui garantit en Europe une protection UVA au moins égale au tiers de la protection UVB. Pour le mélasma, les formules teintées contenant des oxydes de fer ont un avantage réel, car elles filtrent aussi une partie de la lumière visible, que les filtres UV classiques laissent passer. Les conseils de notre article sur le choix d’une crème solaire pour le visage s’appliquent pleinement, texture légère sous le maquillage comprise.
Une crème appliquée le matin avant de prendre la voiture ou de s’installer au bureau tient raisonnablement à l’intérieur, puisqu’on ne transpire pas et qu’on ne se baigne pas. Il n’est pas nécessaire de la renouveler toutes les deux heures comme à la plage, sauf si l’on s’essuie souvent le visage.
Questions fréquentes
Les vitres de ma maison en double vitrage protègent-elles des UV ?
Mieux qu’un simple vitrage, en général, mais pas complètement. Un double vitrage standard filtre davantage d’UVA qu’une vitre simple parce que la lumière traverse deux épaisseurs de verre, et les traitements à faible émissivité ajoutent souvent un peu de filtration. Il peut toutefois laisser passer une part des UVA longs. Seuls les vitrages feuilletés ou dotés d’un film anti-UV bloquent la quasi-totalité du spectre.
Peut-on avoir un coup de soleil en voiture, fenêtres fermées ?
C’est très improbable pour une peau normale, puisque les vitres arrêtent la quasi-totalité des UVB, responsables de la rougeur. Deux exceptions : la vitre ouverte, qui laisse évidemment tout passer, et les réactions de photosensibilisation liées à un médicament, qui peuvent ressembler à un coup de soleil disproportionné sur l’avant-bras ou la joue exposés, même derrière une vitre. Dans ce second cas, une rougeur inhabituelle après un simple trajet justifie d’en parler à votre médecin ou à votre pharmacien.
Les rideaux et les stores suffisent-ils ?
Ils sont très efficaces quand ils coupent le soleil direct. Un store opaque ou un rideau épais et foncé arrête la quasi-totalité du rayonnement. Un voilage clair et ajouré en laisse passer une partie, comme un tissu léger sur la peau. Pour un bureau exposé l’après-midi, tirer le store au moment où la tache de soleil arrive sur le poste de travail est souvent le geste le plus simple et le plus efficace.
Si vous ne deviez retenir qu’un réflexe, ce serait de regarder où tombe le soleil plutôt que de vous demander s’il y a une vitre. Une heure par jour dans la lumière directe d’une fenêtre claire, répétée des années, finit par peser sur l’aspect de la peau bien plus qu’on ne l’imagine. Et le jour où une tache apparaît d’un seul côté du visage, pensez au côté de la voiture avant de penser à l’âge.
Sources
- Organisation mondiale de la santé, Rayonnement ultraviolet : aide-mémoire
- ANSES, Agence nationale de sécurité sanitaire, rayonnements ultraviolets
- ANSM, informations sur les médicaments photosensibilisants
- Santé publique France, prévention des risques liés aux UV
- Société française de dermatologie, Dermato-info : soleil et peau